Architecture d'exception

Moteur
W12

Douze cylindres. Deux fois moins d'encombrement.
Une densité de puissance sans équivalent.

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Histoire

De la formule 1 au grand tourisme

Le moteur W12 est né d'une idée radicale : offrir la cylindrée d'un V12 classique dans un bloc aussi compact qu'un V8.

L'histoire commence chez Volkswagen Group à la fin des années 1990. L'ingénieur en chef Ferdinand Piëch, obsédé par la densité de puissance, supervise le développement d'une architecture inédite baptisée « W » — pour la forme sinueuse que dessinent les cylindres vus de face.

Le principe repose sur la fusion de deux moteurs VR6 (6 cylindres en V étroit à 15°) partageant un vilebrequin commun. Deux bancs de six cylindres chacun sont disposés en V à 72°, formant ainsi douze cylindres sur un bloc d'une compacité remarquable.

Le premier moteur W12 de production est présenté en 1997 au Salon de Francfort, intégré au concept-car Audi Avus quattro. Volkswagen dépose plusieurs brevets liés à cette géométrie avant même d'annoncer les premières motorisations de série.

1991

Ferdinand Piëch mandate l'étude d'une architecture W pour les futures supercars VW Group.

1997

Premier concept W12 sur l'Audi Avus quattro. Le groupe présente 6,0 litres pour 509 ch.

2001

Lancement commercial du Volkswagen Phaeton avec le W12 6.0 en version grand tourisme.

2003

La Bentley Continental GT adopte le W12 et le propulse au rang de moteur de prestige mondial.

2010–2020

Évolutions successives : injection directe, bi-turbo, cylindrée active. Le bloc est porté à 635 ch.

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Architecture

La géométrie contre l'encombrement

Là où un V12 classique aligne ses cylindres sur deux bancs à 60°, le W12 superpose quatre rangées de trois, permettant de réduire la longueur de bloc de près de 30 %.

V12 classique

Ferrari Tipo F140C V12 — moteur en exposition
© Mr.choppersCC BY-SA 3.0
  • Angle de banc : 60°
  • Longueur relative : 100 %
  • 2 rangées de 6 cylindres
  • Vilebrequin long

Deux VR6 fusionnés

Chaque demi-moteur est un VR6 (V très étroit à 15°), configuration inventée par VW dans les années 90 pour les berlines compactes. Le W12 couple deux de ces blocs sur un vilebrequin commun.

Compacité record

Le W12 de Bentley mesure environ 57 cm de long. Un V12 équivalent dépasse les 75 cm. Cette économie d'espace autorise un capot plus bas et un centre de gravité avancé, bénéfique à la tenue de route.

Alimentation complexe

La géométrie impose quatre arbres à cames, deux turbos positionnés dans le V central (configuration hot-vee), et une gestion moteur distincte pour chaque banc de six cylindres. La thermique en est le principal défi d'ingénierie.

Équilibrage mécanique

La disposition en W génère des couples d'inertie que les V12 à 60° n'ont pas. VW a développé deux arbres d'équilibrage contra-rotatifs pour absorber ces vibrations et garantir un fonctionnement aussi soyeux qu'un W12 classique.

Cylindrée active (ACT)

Depuis 2015, le W12 Speed de Bentley intègre la désactivation de six cylindres à charge partielle, réduisant la consommation en cycle mixte de près de 15 % sans compromettre la disponibilité en puissance.

Bi-turbocompresseur

Deux turbos IHI alimentent chaque demi-moteur. La version actuelle développe jusqu'à 2,5 bar de pression de suralimentation, portant la puissance spécifique au-delà de 105 ch par litre sur le W12 Speed.

03

Modèles emblématiques

Les automobiles qui ont porté la légende

2003 — présent

Bentley Continental GT

Le modèle qui a démocratisé le W12 aux yeux du monde. En combinant luxe britannique et technologie allemande (née du rachat de Bentley par VW en 1998), le Continental GT a propulsé cette mécanique dans le panthéon des grand tourisme.

Cylindrée6,0 L
Puissance max659 ch
0–100 km/h3,5 s
Vmax333 km/h
2010 — 2018

Audi A8 W12

La limousine de prestige d'Audi a reçu le W12 6.3 dans sa variante longue. Ce bloc de 500 ch incarnait le sommet de la gamme, réservé aux chefs d'État et grands dirigeants.

Puissance500 ch
0–100 km/h4,4 s
2002 — 2016

Volkswagen Phaeton W12

L'ambition absolue de Ferdinand Piëch : une Volkswagen aussi bonne qu'une Rolls-Royce. Le Phaeton W12 6.0 restera comme l'une des berlines les plus sophistiquées jamais construites, victime de son positionnement paradoxal.

Puissance450 ch
0–100 km/h5,4 s
2004 — 2007

VW Touareg W12 7L

Curiosité absolue du segment SUV, le Touareg première génération (7L phase 1) proposait en option le W12 6.0 de 450 ch — le même bloc que le Phaeton. Produit à très faible volume, il reste l'un des rares SUV de série à avoir reçu un moteur douze cylindres.

Puissance450 ch
0–100 km/h5,9 s
2013 — 2020

Bentley Flying Spur W12

Berline de prestige à quatre portes, la Flying Spur conjugue confort de limousine et dynamisme de coupé. Elle offre la même mécanique W12 6.0 bi-turbo que la Continental GT, associée à une transmission intégrale permanente et une boîte à double embrayage à 8 rapports.

Cylindrée6,0 L
Puissance max635 ch
0–100 km/h3,7 s
Vmax325 km/h
04

Performances

Des chiffres qui transcendent les catégories

659 chevaux Continental Speed 2023
Couple maximal
900 N·m
0 — 100 km/h
3,5 s
Vitesse maximale
333 km/h
Régime maximal
6 000 tr/min

Évolution de la puissance

0 200 400 600 800 2003 2006 2012 2015 2018 2023 420 ch 635 ch 659 ch

Comparaison avec ses rivaux

Moteur Ch Couple 0–100
W12 6.0 (Bentley Speed) 659 900 N·m 3,5 s
V12 N74B68 (BMW 760i) 608 800 N·m 3,8 s
V12 AMG (Mercedes S65) 630 1000 N·m 3,9 s
V12 F140 (Ferrari 812) 800 718 N·m 2,9 s

Le W12 se distingue par son couple astronomique disponible dès 1 500 tr/min, là où les V12 atmosphériques comme le Ferrari atteignent leur puissance maximale à haut régime.

05

Conclusion

L'ingénierie au service de l'absolu

Le moteur W12 n'est pas seulement une solution technique brillante. Il est la cristallisation d'une époque où l'industrie automobile repoussait ses limites sans compromis.

Né de l'obsession d'un homme — Ferdinand Piëch — et de l'ambition d'un groupe — Volkswagen — ce bloc incarne une proposition unique : la puissance et le raffinement d'un douze cylindres dans le gabarit d'un huit. Pendant vingt ans, il a défini ce qu'était un grand tourisme de luxe.

Son architecture en W, fruit de brevets et de calculs d'équilibrage complexes, restera dans les livres d'histoire de la mécanique automobile. Là où d'autres moteurs se contentaient d'être performants, le W12 voulait aussi être insolite.

En 2024, les normes d'émissions européennes (Euro 7) et l'électrification progressive des gammes premium annoncent le crépuscule du moteur thermique à grande cylindrée. Bentley a confirmé l'arrêt du W12 en fin d'année 2024, remplacé par un V8 hybride rechargeable sur la prochaine génération Continental.

« Une Bentley doit pouvoir conduire son chauffeur aussi vite qu'une Porsche, en silence de bibliothèque. »

Ferdinand Piëch

Le W12 a tenu cette promesse mieux qu'aucun autre moteur. Son extinction marque la fin d'une ère — celle où l'ingénierie pure était la réponse à toutes les questions.

06

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